[L’édito d’Arnaud ] La bascule à l’œuvre

Accédez au décryptage et à l’analyse d’Arnaud Herrmann, Président d’EcoLearn, sur les enseignements de cette rentrée 2026.

En matière de durabilité, la période actuelle marque probablement la bascule d’une ère de l’atténuation, portée par la réglementation, à celle de l’adaptation, qui devrait être appuyée par le monde de la finance. Faut-il le regretter ?

Rappel des faits :  

Au sortir de la crise Covid et sous l’élan du Green deal européen (et notamment la fameuse CSRD) les années 2020-24 ont été celles de la formidable accélération de la mise en œuvre de la transformation durable dans les entreprises. Jusqu’à un renversement brutal et inattendu au second semestre 2024 : changement de majorité au parlement européen, nouvelle élection de Trump, flottements politiques en France… Un cocktail explosif qui aura raison de la dynamique « durable », enfin lancée et aussitôt arrêtée !

S’ensuivent 18 mois de crises incessantes – géopolitiques, économiques, politiques, sociales, climatiques… - qui toutes justifient de gérer l’urgence immédiate, pas celle de demain. En tout cas dixit nos dirigeants politiques ou économiques. Et nous voilà, au sortir de l’été le plus caniculaire jamais vécu en France, face à ce paradoxe terrifiant : nous vivons un point de bascule dans l’inconnu d’un monde « post-franchissement » des limites planétaires, avec un corps social particulièrement éprouvé – carrément rincé en réalité, tant psychiquement qu’économiquement. Le genre de situation où il faudrait sonner la mobilisation générale… Et pourtant, la transformation durable est plus que jamais à l’arrêt !

Si on rembobine l’histoire, que voit-on ?

Depuis les années 2000, le seul véritable moteur de la RSE a été la réglementation. Peu importe l’histoire qu’on se racontait, à la fin on agissait parce que c’était obligatoire. Une preuve ? En France, la RSE est très majoritairement une affaire de grandes entreprises – c’est-à-dire celles qui ont toujours dépassé les seuils réglementaires depuis 20 ans. A quoi a servi cette réglementation ? A se substituer à une responsabilité – morale – qui fait défaut à la quasi-unanimité des entreprises, qui devrait les pousser à limiter les impacts environnementaux et sociaux délétères de leurs activités. Ce qu’on désigne par le terme d’ « atténuation », en réponse à la matérialité d’impact.

Depuis fin 2024, ce moteur réglementaire s’est grippé, probablement pour longtemps. Et nous sommes entrés en apesanteur de la durabilité… Pour toujours ? Non ! Pour une raison simple : même si on fait l’autruche, les défis environnementaux et sociaux s’amplifient et mettent sous tension les entreprises dans des degrés critiques. Retour de la durabilité par la voie de la matérialité financière ! De gré ou de force, il faudra faire face à ces nouveaux désordres – bienvenue dans le nouveau règne de l’adaptation !

Est-ce pour autant la mort de l’atténuation ?

Non, car le bon sens dicte une réalité : la toute première mesure d’adaptation, c’est de travailler à réduire les forces de pression qui contraignent l’entreprise… soit précisément faire de l’atténuation. Simple à comprendre mais difficile à justifier dans un monde ouvert où les efforts des uns seront dilués dans l’attentisme de tous les autres. D’où l’indispensable renforcement de la coopération, à tous les niveaux. Et qui sera probablement plus concrète et efficace à mettre en œuvre à un échelon local que global.

Quel moteur désormais pour remplacer celui de la réglementation ? Gageons que cela sera le monde de la finance, et sa petite sœur de l’assurance. Tout simplement parce que les détenteurs d’actifs sont ceux qui ont le plus à perdre face à la non-adaptation, qui représente un risque systémique critique pour leurs bilans. Les assureurs le savent mieux que quiconque. Alors certes, cela fait plusieurs décennies que nous attendons que ces acteurs se réveillent face aux urgences de la durabilité. Mais jusqu’alors, l’urgence paraissait encore lointaine. Les polycrises vécues continuellement ces derniers mois – et le point d’orgue du coup de chaud de cet été – pourraient finir de convaincre que le système est à bout de souffle et qu’il faut se préparer à (voire au) pire.

Au final, est-ce une mauvaise nouvelle pour la durabilité ?

Non, 3 fois non :
i/ car une démarche exclusivement justifiée par une obligation réglementaire n’est jamais pleinement consentie. On ne peut que le constater aujourd’hui ;

ii/ car dans notre système capitaliste financier, les détenteurs du capital et des financements sont la plus grande force d’influence ;

iii/ car parler finance, c’est le meilleur moyen d’accéder au modèle de l’entreprise et donc d’irradier la durabilité depuis le cœur de l’édifice.

Pour autant, cette bascule va prendre du temps pour se déployer pleinement. Elle rebat les cartes en termes de rôles, compétences, leviers, politique interne de la fonction RSE, mais va lui permettre d’entrer enfin au cœur du modèle économique et de la performance financière. Il ne s’agit certainement pas de basculer d’une compétence technique vers une autre (des plans d’atténuation à des plans d’adaptation), mais de déployer une dimension stratégique et financière dans la durabilité.

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de la durabilité

Travail collectif réalisé sous la direction de Patrick d’Humières (Directeur pédagogique des Master Class 21, professeur à Sciences-Po, Président – Fondateur d’EcoLearn), d’Arnaud Herrmann (CEO-Fondateur d’EcoLearn, ex-Directeur DD d’Accor).

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