L’économie change et avec elle, nos fiches de postes. Nous assistons aujourd’hui à une hybridation massive des parcours professionnels : que vous exerciez dans la finance, le marketing ou dans la chaîne d'approvisionnement (la supply chain), la durabilité s'installe au cœur de vos métiers.
Afin de naviguer au mieux parmi les nouvelles exigences et les profondes mutations du marché du travail, il est essentiel de bien distinguer les métiers verts des métiers verdissants. Ces deux catégories, bien que toutes deux liées à l'environnement, ne recouvrent pas les mêmes réalités ni les mêmes niveaux d'engagement et de compétences.
Dans ce paysage en pleine mutation, savoir les distinguer est une boussole stratégique : Où se situent les opportunités ? Comment évoluer et naviguer dans son métier sans tomber dans le “greenwashing professionnel” ? EcoLearn vous aide à y voir plus clair.
Comprendre les deux visages de la performance durable
Métiers verts : Les architectes de la transition
Les métiers verts ont été créés pour répondre directement aux enjeux écologiques. Ils ne peuvent être exercés sans une connaissance approfondie des compétences vertes.
Leurs finalités ? Contribuer, réparer, protéger, gérer, créer et anticiper les externalités environnementales. Vous l’aurez compris ces professionnel·les sont indispensables car iels apportent l’expertise technique et scientifique pour fixer les trajectoires stratégiques (décarbonation, biodiversité, économie circulaire).
Quelques exemples de métiers verts : ingénieur·e en énergies renouvelables, expert·e en analyse de cycle de vie (ACV), gardien·ne forestier·e ou responsable de la protection de la biodiversité.
Métiers verdissants : Le moteur de la transition
En 2019, les métiers verdissants représentaient déjà 4 millions d’emplois en France selon le SDES. Ce sont des métiers traditionnels existants dont les pratiques et les méthodes de travail évoluent pour intégrer les enjeux écologiques au quotidien opérationnel. Ici, l’activité n’est pas l’environnement par nature, mais elle est transformée par la nécessité d’opérer de manière plus durable.
L’acheteur·euse devient expert·e en achats responsables, le·a communicant·e intègre des pratiques de communication responsable, l’agriculteur·rice pratique l’agroécologie ou l’agriculture biologique …
Ces métiers sont les principaux vecteurs de diffusion de la durabilité. Le Green Skills Report - 2025 de Linkedin souligne d’ailleurs un tournant important : 53,0% des travailleur·euses possédant des compétences vertes n’exercent pas un métier vert mais occupent des fonctions dites “classiques” (marketing, comptabilité, logistique). Cela prouve que la durabilité s’infuse dans tous les cœurs de métiers de l’entreprise.
La réalité du marché : Où se concentrent les compétences ?
Toujours selon le Green Skills Report 2025 de LinkedIn, le recrutement des métiers verts a augmenté de 7,7% cette année. Bien que très recherché·es, ces expert·es ne représentent qu’une fraction de la force de travail nécessaire à la transition globale. Faire partie de la Direction RSE ne suffit plus à porter seul la transition écologique, la “mise à jour” et l’évolution des métiers verdissants est désormais un moteur essentiel du changement.
Pour vous aider à y voir un peu plus clair, nous vous proposons de regarder ensemble où se concentrent les compétences. Si certains secteurs sont natifs du vert, d’autres opèrent une transformation radicale de leurs métiers traditionnels.
Les secteurs où l’hybridation est la plus forte
Le taux de croissance annuel médian de la concentration de talents verts entre 2021 et 2025, tous secteurs confondus, est de 3,3%. La part des talents possédant des compétences durables varie selon les industries :
- Energies & Services Publics : Le bastion des métiers verts c’est 30% de talents experts
- Finance & Assurances : C’est le secteur qui connaît une forte accélération des métiers verdissants (+15%). On y recrute massivement des analystes ESG et des comptables carbone.
- Technologie, Information & Média : La plus forte croissance annuelle (+11,3%). Aujourd’hui, 14,7% des recrutements dans la Tech concernent des profils capables de piloter le “Green IT”.
La réalité en France : le poids des métiers verdissants
En France, selon le Baromètre de l’APEC 2025, l’Ile-de-France (plus de 3 300 offres) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (plus de 2 000 offres) concentrent la majorité des offres d’emploi cadres pour les métiers verts. Paradoxalement en région parisienne, les opportunités ne représentent que 2,3% au total des embauches locales, soit un score inférieur à la moyenne nationale (2,9%).
Les secteurs en retard ou en attente de “verdissement”
Les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, de l’immobilier (hors construction), ainsi que celui des arts et du divertissement, présentent une très faible concentration de compétences vertes. Ce retard peut représenter un risque majeur de perte d’attractivité face à des consommateur·rices et des candidat·es de plus en plus exigeant·es.
Le “Green Skills Gap” : Le défi majeur du marché du travail
Le marché du travail fait face à un paradoxe : d’un côté, une urgence climatique et réglementaire, de l’autre, une croissance de l’offre de talent qui ralentit (+4,3% seulement en 2025).
Le décalage de la formation
Les recrutements de profils durables affichent un taux d’embauche mondial supérieur de 46,6% par rapport au reste du marché, une réalité plus complexe fait surface : la demande de talents croît deux fois plus vite que l’offre. Avoir des compétences vertes ou verdissantes devient un avantage compétitif pour l’employabilité et le recrutement.
L'enjeu des métiers verdissants est majeur car ils représentent la majorité des emplois impactés par la transition. Ils nécessitent une montée en compétence rapide de la main-d'œuvre existante par le biais de la formation continue. Pourtant de nombreux professionnel·les “verdissent” leurs compétences par l’expérience sans cadre théorique. Bien que l’intention soit louable, elle crée une hétérogénéité des pratiques. La durabilité est une matière complexe : avoir des “bases” ne suffisent plus à garantir la conformité ou la pertinence d’une stratégie.
Le fossé pourrait également se creuser entre les expert·es des métiers verts et les professionnel·es des métiers verdissants, engendrant un risque de manque de communication claire entre ces deux groupes. Un langage commun semble nécessaire pour éviter ce risque.
La schizophrénie opérationnelle
Nous connaissons bien les indicateurs de performance clés (ICP ou KPI) car ils sont indispensables pour évaluer la performance de notre organisation. Mais sont-ils vraiment adaptés aux enjeux de durabilité actuels ? Le marché fait face à une schizophrénie.
Le métier d'acheteur·euse peut-il être “verdissant” dans sa pratique professionnelle si ses indicateurs de performance restent exclusivement basés sur le coût le plus bas ? L’objectif d’optimisation financière à court terme, bien que ancré dans la culture d’entreprise classique entre directement en conflit avec une démarche responsable. À quel coût pour l’environnement, pour l’humain cette “performance” économique est-elle obtenue ? Le bas coût masque systématiquement une “dette invisible” : la dégradation écologique (pollution, épuisement des ressources …) et des externalités sociales négatives (conditions de travail précaires, absence d'équité …). C’est là qu’intervient la notion d’externalités.
Nous devons nous poser la question : les externalités sont-elles réellement prises en compte dans l’évaluation de l’impact de son métier ? Les objectifs de l’entreprise sont-ils alignés sur les limites planétaires ?
Une véritable transformation ne peut advenir qu’à condition d’intégrer des indicateurs extra-financiers comme critères de performance. Sans cela, la volonté de verdir restera prisonnière des anciennes pratiques logiques conduisant à une dissonance entre discours et réalité des pratiques.
💡Quelques exemples de paradoxes qui pourraient vous intéresser :
- Chine : ces villages sont condamnés par les rejets polluants des usines
- Cancer Alley
- Documentaire : "I Live 400 Yards From Mark Zuckerberg’s Massive Data Center" ("J'habite à 400 mètres du gigantesque centre de données de Mark Zuckerberg.")
L’Obsolescence programmée des compétences
L’obsolescence est le déclin de la validité de vos savoir-faire face aux évolutions du monde. Elle peut être économique (compétences obsolètes face aux nouveaux outils) ou technique (un outil dépasse votre savoir).
Dans un monde contraint par les limites planétaires, ce phénomène s’intensifie. L’obsolescence des compétences liées à la durabilité n’est pas principalement technologique mais économique. Le risque n’est pas tant la disparition brutale de votre poste, mais sa déconnexion totale avec la réalité du marché et sa perte de valeur ajoutée. Votre métier continue d’exister mais votre manière de l’exercer devient inadapté, voire obsolète :
- L’acheteur·rice qui ne maîtrise pas les achats responsables devient un risque pour la chaîne de valeur,
- Le·a financier·ère qui ignore les risques climatiques ne peut garantir la pérennité des investissements,
- Le·a communicant·e qui ne comprend pas les enjeux de greenwashing fragilise la réputation de sa marque.
Un décalage invisible mais risqué
Les métiers verdissants sont plus exposés à ce risque que les métiers verts. Ces derniers bénéficient de formations spécialisées et de référentiels clairs, tandis que les métiers “classiques” évoluent souvent dans une zone grise. Ce décalage peut créer une fragilisation des profils souvent invisible à court terme, mais lourde de conséquences à moyen terme : le poste reste, mais sa pertinence disparaît.
Le signal est pourtant clair : en 2025, les secteurs de la technologie et des médias ouvrent la voie avec 14,7% d’embauches exigeant des compétences vertes. C’est la preuve que la compétence verte est devenue un nouveau standard de recrutement.
Alors, un métier qui ne verdit pas est-il condamné à disparaître ? Probablement pas à court terme. Mais un métier qui refuse d’évoluer est un métier qui risque de devenir invisible et contesté sur le marché du travail de demain.
Devenir acteur·rice de sa propre transition
L’hybridation massive des compétences peut impressionner mais elle ne doit pas être perçue comme une menace. Au contraire, c’est une opportunité de redonner du sens et de la valeur à votre métier. Que vous exerciez un métier déjà dans le “vert” ou que vous fassiez “verdir” vos pratiques quotidiennes, la clé pour ne pas subir l’obsolescence réside dans la veille active et la formation structurée.
Comment agir, à votre échelle ?
Chacun·e, selon sa fonction et son niveau de responsabilité dispose de leviers pour transformer l’essai et devenir un moteur du changement :
- Pour vous-même : Restez à l’écoute de votre marché. Utilisez des ressources comme celles de l’ADEME ou de l’APEC pour découvrir comment votre fiche de poste évolue. La formation continue est votre meilleure alliée pour aligner vos compétences sur la transition.
- Pour vos équipes : Encouragez la montée en compétences. Ne laissez pas vos collaborateur·rices apprendre “sur le tas”. Mais offrez-leur un cadre et un langage commun pour éviter les silos entre experts verts et métiers verdissants.
- Pour l’avenir : Soutenez la nouvelle génération. Les jeunes diplômé·es arrivent souvent avec plein d’ambition et une conscience écologique forte. Ils ont besoin de votre expérience métier pour l’appliquer correctement. Investir dans leur formation verte, c’est assurer la pérennité de votre organisation.
En maîtrisant les fondamentaux de la durabilité, vous devenez acteur·rice de travail de demain.
💡 Pour aller plus loin :
Maîtriser le vocabulaire :
Se situer :
Anticiper :
- Marchés et emplois concurrent à la transition énergétique, édition 2025
- Baromètre Vert de l’APEC, 2025
